Culture

Après son récent succès, ce couple prévôtois a envie de rebondir

Leur exposition commune a marqué les esprits. Entre broderies patientes et photographies saisies sur l’instant, le couple de Prévôtois Fabienne et Philippe Wattenhofer tissent depuis des années un dialogue sensible entre deux regards. Portés par leur récent succès, les deux artistes imaginent déjà la suite de leurs échappées créatives, entre nouveaux projets, rencontres et envies d’ailleurs.

À la Galerie du Pavé, à Saint-Ursanne, le fil et la lumière se sont rencontrés. Les broderies délicates de Fabienne répondaient aux images de Philippe, créant un parcours où chaque œuvre semblait prolonger la précédente. Le public a suivi, curieux, touché par cette alliance peu commune. «C’est la première fois qu’on associe la photo à la broderie… et je suis étonnée du succès», confiait la prévôtoise Fabienne en parcourant la salle d’exposition.

Au fil des semaines, les visiteurs se sont succédé, tout comme les témoignages. Philippe évoque encore l’émotion de ces échanges: «Nous avons vraiment été émerveillés de l’accueil qu’il y a eu, du nombre de personnes, des témoignages reçus, et aussi du succès des ventes, autant en broderie qu’en photographie».

Le couple est reparti de Saint-Ursanne «enchanté», porté par la sensation d’avoir trouvé une forme juste pour raconter leurs voyages et leurs regards croisés. D’un côté, le geste lent de la broderie, presque méditatif, de l’autre, la capture immédiate d’un instant. Deux temporalités opposées qui, réunies, composent un même récit. «Il ne suffit pas d’avoir des broderies et des photos, il faut aussi trouver un fil conducteur», rappelait Fabienne.

Après l’exposition, l’envie de rebondir

Le succès ne marque pas une fin, mais un nouveau départ. Une fois les œuvres décrochées, les Wattenhofer se sont rapidement interrogés: comment prolonger cette aventure? «On se questionne sur comment on rebondit, qu’est-ce qu’on va faire ensuite», explique Philippe. 

Si la photographie permet le «clic-clac» spontané, la broderie exige davantage de temps. Fabienne réfléchit déjà à de nouveaux thèmes capables de relier à nouveau leurs deux pratiques. Le couple imagine retravailler ce dialogue entre textile et image, mais à un autre rythme: «Ça va prendre du temps de se préparer… probablement plutôt à l’horizon 2027, si ce n’est 2028.»

En parallèle, Philippe poursuit ses activités avec le Photo Club: expositions collectives, projets thématiques, accrochages à Moutier, Tavannes ou Develier. Une dynamique qui entretient la créativité et nourrit le regard. «Le calendrier photographique est bien fourni cette année», sourit-il.

Fabienne, elle, a marqué une courte pause après l’exposition, avant de ressortir ses fils et ses toiles pour un rendez-vous important: une rencontre de brodeuses romandes prévue en septembre. «C’est vraiment maintenant ce qui nous motive à broder un petit peu.» Une façon de rester dans le geste, sans pression, simplement pour le plaisir.

Une pratique ancrée dans le partage

Chez les Wattenhofer, l’art n’est jamais solitaire. Il s’enracine dans les rencontres: celles des visiteurs, des clubs, des autres artistes. La broderie comme la photographie deviennent des prétextes au lien. Lors de la rencontre romande, les participantes échangeront des décorations de Noël, mêlant techniques et sensibilités. «On fait un échange… pour tisser des liens et montrer les différentes techniques», explique Fabienne.

Cette dimension collective rejoint l’esprit qui animait déjà leur exposition: inviter le public à voyager avec eux. Les images de Philippe, souvent nées de leurs périples en camping-car, dialoguent avec les broderies minutieuses de Fabienne, héritées d’une tradition familiale. Ensemble, ils racontent le même monde, chacun à sa manière. L’un capture l’éphémère, l’autre le reconstruit patiemment point après point.

Et la suite? Rien de figé, mais beaucoup d’idées. Les Wattenhofer se disent «ouverts à bouger», prêts à exposer ailleurs, peut-être dans d’autres galeries, peut-être dans des projets plus collectifs. Les voyages resteront une source d’inspiration essentielle  «Les voyages vont rester aspirants, c’est évident», assure Philippe.

Ils gardent également un œil sur Saint-Ursanne, où la galerie du Pavé connaît un nouveau souffle culturel. De possibles collaborations se dessinent. Rien n’est encore annoncé, mais l’envie est là.

Entre patience et spontanéité, entre textile et lumière, Fabienne et Philippe Wattenhofer poursuivent leur route comme ils créent: à deux, attentifs au monde, prêts à saisir une scène ou à broder un souvenir. Leur exposition a prouvé que ces deux langages pouvaient s’entrelacer. La prochaine étape ne sera sans doute qu’un nouveau chapitre de cette conversation intime, où chaque point de fil répondra à un battement d’obturateur.

Et c’est peut-être là que réside leur force : dans cette simplicité du regard et cette complicité évidente qui transforme chaque voyage en matière à création. Sur la route comme dans l’atelier, ils collectionnent les instants, persuadés que l’art naît d’une émotion partagée et du temps que l’on accepte d’y consacrer.

Alexander Loncke

Photo: ©Alexander Loncke La Gazette de Moutier

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