Culture

Il fait vivre le Cinoche depuis plus de 30 ans

À Moutier, le Cinoche n’est pas seulement une salle obscure. C’est un lieu de rencontres, de culture et de convivialitĂ© portĂ© depuis des dĂ©cennies par une poignĂ©e de passionnĂ©s. À sa tĂȘte, Christophe Winistoerfer, prĂ©sident de la coopĂ©rative qui gĂšre le cinĂ©ma. 

Entre concurrence des multiplexes, Ă©volution des habitudes du public et succĂšs des productions locales, Christophe Winistoerfer continue de dĂ©fendre avec conviction le rĂŽle essentiel d’un cinĂ©ma de proximitĂ©. À 57 ans, celui-ci est devenu une figure incontournable de la vie culturelle prĂ©vĂŽtoise. Habitant de Moutier, il travaille dans le domaine de l’urbanisme Ă  Bienne, oĂč il s’occupe notamment des permis de construire. Mais c’est surtout son engagement pour le septiĂšme art qui lui vaut aujourd’hui d’ĂȘtre connu bien au-delĂ  du cercle des cinĂ©philes.

PrĂ©sident de la coopĂ©rative CinĂ©ma de Moutier, il accompagne l’aventure du Cinoche depuis ses dĂ©buts ou presque. L’histoire commence au dĂ©but des annĂ©es 1990, lorsque le dernier cinĂ©ma de la ville ferme ses portes. «Les amoureux du cinĂ©ma se sont dit: “lĂ , il faut faire quelque chose”», retrace-t-il. De cette volontĂ© naĂźt une coopĂ©rative financĂ©e par des parts sociales achetĂ©es par plusieurs centaines d’habitants et soutenue par la Commune.

Le Cinoche ouvre finalement ses portes en novembre 1993 avec des fauteuils, du matĂ©riel et des Ă©quipements rĂ©cupĂ©rĂ©s dans d’autres salles qui disparaissaient. «Tout Ă©tait d’occasion, ramassĂ© dans des cinĂ©mas qui fermaient Ă  gauche Ă  droite», se souvient-il. Trente-trois ans plus tard, l’établissement est toujours lĂ , preuve que la mobilisation des dĂ©buts a portĂ© ses fruits.

Un petit cinéma qui résiste

Face aux grands complexes modernes, la survie d’un cinĂ©ma indĂ©pendant pourrait sembler compromise. Pourtant, le Cinoche continue de faire sa place grĂące Ă  son identitĂ© propre et Ă  une gestion largement assurĂ©e par des bĂ©nĂ©voles. «On y arrive parce qu’on n’a pas trop de frais», explique Christophe Winistoerfer. La salle est mise Ă  disposition par la Commune et les membres de la coopĂ©rative consacrent une partie de leur temps libre au fonctionnement du lieu. Un modĂšle qui permet de limiter les coĂ»ts et de maintenir une offre culturelle accessible.

La concurrence reste toutefois bien rĂ©elle. L’ouverture du complexe CinĂ©mont Ă  DelĂ©mont a profondĂ©ment modifiĂ© les habitudes du public rĂ©gional. Les grandes productions amĂ©ricaines attirent naturellement les spectateurs vers les infrastructures les plus modernes. «Nous, on n’a qu’une salle, donc il faut qu’on puisse passer diffĂ©rents films», souligne le prĂ©sident. Cette contrainte est aussi devenue une force. Le Cinoche mise sur une programmation variĂ©e, alternant films populaires, comĂ©dies françaises, documentaires et Ɠuvres plus exigeantes. «On ne va jamais plaire Ă  tout le monde, mais on essaie d’ĂȘtre assez pointus et assez populaires en mĂȘme temps.»

Créer une expérience

Si le cinĂ©ma doit aujourd’hui faire face au streaming et Ă  la multiplication des offres de divertissement, Christophe Winistoerfer est convaincu qu’une salle indĂ©pendante peut encore sĂ©duire lorsqu’elle propose davantage qu’une simple projection. Les plus beaux succĂšs rĂ©cents sont souvent liĂ©s Ă  des productions locales. Le documentaire animalier  Du Grand Val au Petit Val a ainsi attirĂ© des centaines de spectateurs. «C’est un film qui nous a sauvĂ© la saison passĂ©e.» RĂ©alisĂ© et produit dans la rĂ©gion, il a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un fort soutien populaire.

Le mĂȘme phĂ©nomĂšne s’était dĂ©jĂ  produit avec le film «Les HĂ©ros du Tour» ou avec des documentaires de sociĂ©tĂ© accompagnĂ©s de discussions. «Les gens sont friands de ça.» Lorsque rĂ©alisateurs, spĂ©cialistes ou protagonistes viennent Ă©changer avec le public aprĂšs la sĂ©ance, le cinĂ©ma devient un vĂ©ritable lieu de rencontre. Les dĂ©gustations, apĂ©ritifs et dĂ©bats prolongent l’expĂ©rience. 

Entre défis actuels et passion intacte

Comme l’ensemble du secteur, le Cinoche traverse une pĂ©riode dĂ©licate. La frĂ©quentation des salles suisses reste infĂ©rieure aux niveaux connus avant l’essor des plateformes numĂ©riques. «Le cinĂ©ma mondial est dans un creux», constate Christophe Winistoerfer sans dĂ©tour. Pour autant, le prĂ©sident refuse tout pessimisme. Chaque semaine, il faut sĂ©lectionner parmi les nombreuses sorties les films susceptibles d’intĂ©resser le public prĂ©vĂŽtois. Un travail complexe qu’il qualifie volontiers de «casse-tĂȘte». Entre les attentes des spectateurs fidĂšles, les contraintes imposĂ©es par certains distributeurs et la nĂ©cessitĂ© de maintenir une programmation diversifiĂ©e, l’équilibre est parfois difficile Ă  trouver. Mais la passion demeure intacte. «On m’appelle un peu Monsieur CinĂ©ma», conclut-il en souriant. Une formule qui rĂ©sume parfaitement son engagement. 

Plus de 30 ans aprĂšs l’ouverture du Cinoche, Christophe Winistoerfer continue de dĂ©fendre l’idĂ©e qu’un petit cinĂ©ma de proximitĂ© a toute sa place dans le paysage culturel rĂ©gional. À Moutier, la salle obscure reste avant tout un lieu de partage, portĂ© par des bĂ©nĂ©voles convaincus que l’émotion collective du grand Ă©cran ne pourra jamais ĂȘtre remplacĂ©e

Alexander Loncke

Photo: Christophe Winistoerfer, «Monsieur Cinéma» de Moutier. © Alexander Loncke La Gazette de Moutier

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